En recherche, le Canada doit donner suite à ses idées pour donner raison à ses ambitions
Par Gabriel Miller, président-directeur général d’Universités Canada
Cet article a été publié dans le Hill Times le 23 septembre 2026.
Le Canada a de grands défis à relever.
Il doit accroître sa productivité, affirmer sa souveraineté, améliorer les soins de santé, s’adapter aux changements climatiques et livrer concurrence dans des domaines en plein essor comme l’intelligence artificielle et la science quantique.
Les universités canadiennes participent à la résolution de tous ces enjeux. Plus encore, elles forment un réseau d’établissements d’exception aux tailles et aux forces diverses, établis dans toutes les régions et opérant dans les deux langues officielles.
Les équipes de recherche universitaires développent des technologies, des traitements et des outils novateurs capables de renforcer l’économie canadienne et d’améliorer la vie de la population. De fait, les universités canadiennes réalisent chaque année environ 19 milliards de dollars en recherche-développement, un chiffre des plus élevés parmi les pays du G7, proportionnellement à la taille de l’économie canadienne.
Mais la recherche n’est que le début d’un continuum.
Le Canada excelle à produire des idées et à réaliser des percées scientifiques, mais il doit en faire davantage pour générer des retombées concrètes, sans affaiblir la recherche fondamentale qui en est à l’origine.
Cette distinction est importante.
L’incertitude est inhérente à la recherche. Il est impossible de savoir d’emblée quelle expérience mènera à la création d’une entreprise, quelle découverte transformera un secteur ou quelle piste de recherche posera les fondements d’une technologie qu’on ne peut encore imaginer.
La commercialisation n’est qu’une façon dont la recherche profite à la société. La recherche peut conduire à de nouvelles marchandises ou entreprises, améliorer la pratique clinique, orienter les politiques publiques, renforcer les services publics et jeter les bases des prochaines grandes avancées.
Il ne s’agit pas de limiter la prise de risque en recherche au nom d’impératifs commerciaux, mais d’assurer le maintien des conditions favorables aux découvertes et de faciliter leur passage vers des applications concrètes.
Ce travail se fera en trois temps.
Premièrement, il faut protéger les fondements de la recherche.
Le Canada doit offrir un soutien solide et prévisible à la recherche universitaire. La recherche axée sur une mission peut aider à répondre à des besoins nationaux urgents, mais elle nécessite une vaste base de connaissances issues de la recherche fondamentale. C’est précisément parce qu’il est impossible de prédire les prochaines percées qu’il faut permettre aux équipes de recherche de poursuivre des projets ambitieux.
La recherche repose aussi sur des personnes.
Notre avantage sur ce plan se construit dès les premières expériences en recherche des étudiantes et étudiants, et se renforce tout au long de leur parcours aux cycles supérieurs, en recherche avancée et dans des carrières, dans des secteurs d’importance stratégique. Il suppose aussi d’attirer des étudiantes et étudiants de talent dont l’expertise, les idées et les réseaux profiteront au pays.
Le développement de la recherche et celui des talents sont un seul et même continuum. Après leur passage dans nos universités, ces personnes mettent leurs connaissances au service d’entreprises, de gouvernements et de collectivités partout au pays, favorisant ainsi la circulation des idées bien au-delà des campus.
Deuxièmement, il faut faciliter le passage des découvertes scientifiques aux applications concrètes.
Il arrive trop souvent que des découvertes prometteuses soient freinées après les travaux de recherche initiaux. Les scientifiques ont besoin de mécanismes plus clairs pour protéger la propriété intellectuelle, mettre des technologies à l’essai et en faire la démonstration, collaborer avec l’industrie et cheminer jusqu’à l’adoption ou la commercialisation de leurs découvertes.
Les universités établissent déjà des ponts entre le milieu de la recherche, le milieu des affaires et les bailleurs de fonds. Le Canada peut renforcer ces passerelles et lever les obstacles qui freinent le passage des idées à leurs applications concrètes, qu’ils se trouvent dans les établissements eux-mêmes ou ailleurs dans le système.
Troisièmement, il faut donner au Canada les moyens de transformer la recherche en retombées tangibles.
Le transfert des technologies universitaires n’est qu’une partie de l’équation.
Le Canada a besoin d’entreprises capables d’adopter de nouvelles technologies, de personnes capables de créer des entreprises à partir de découvertes canadiennes et d’une clientèle prête à utiliser ces innovations. Le gouvernement peut contribuer à aménager ces conditions par ses pratiques d’approvisionnement, ses grands projets nationaux et le rapprochement de la recherche, de l’industrie et des priorités publiques.
Les technologies de défense et à double usage illustrent parfaitement cette contribution. Dans ce secteur où la recherche, la mise à essai, l’approvisionnement et l’adoption sont plus étroitement liés, les technologies prometteuses sont plus susceptibles d’être développées et utilisées ici même, tout comme la propriété intellectuelle, l’expertise et les avantages économiques du pays sont plus susceptibles d’y rester.
Ce principe vaut pour tous les secteurs de l’économie.
Le Canada n’a pas à choisir entre la recherche axée sur la découverte et l’obtention de résultats, ou entre l’excellence universitaire et les retombées économiques. Un écosystème de recherche fort repose sur ces deux dimensions.
Nous avons déjà les talents en recherche, les universités et les idées.
Il s’agit maintenant de renforcer l’ensemble du continuum de la recherche, de la question de départ à la découverte qui améliorera la vie d’une personne malade, renforcera une entreprise canadienne ou résoudra un problème d’envergure nationale.
Si nous y parvenons, le pays gagnera bien plus que des brevets et de jeunes entreprises. Il y gagnera en santé, en force économique, en compétences, en sécurité et en productivité.