13 novembre 2025
Couronnes commémoratives déposées à la Tour des soldats de l'University of Toronto lors du jour du Souvenir.

Par : Gabriel Miller, président-directeur général d’Universités Canada

©2018 Postmedia Network Inc. Cet article a été publié dans le Toronto Sun le 9 novembre 2025.


La dette qu’il nous faut rembourser va bien au-delà de la reconnaissance. Nous avons le devoir de protéger les libertés que ces personnes ont défendues et de comprendre l’histoire qui les a forgées.

La mémoire est la gardienne de la liberté.

Les campus canadiens, les tours de pierre, les plaques de bronze, les cérémonies du jour du Souvenir et les leçons du véritable prix de l’édification du pays nous rappellent tous cette vérité.

Il y a plus d’un siècle, d’innombrables étudiantes et étudiants quittaient leurs salles de classe pour aller combattre à l’étranger. À la University of Toronto, les noms des 628 membres de la communauté universitaire qui ont perdu la vie pendant la Première Guerre mondiale sont gravés sur la Tour des soldats, auxquels s’ajoutent 557 autres pour la Seconde Guerre mondiale. Dans la capitale nationale, le tableau d’honneur de l’Université d’Ottawa rend hommage aux plus de 1000 diplômées et diplômés de l’établissement qui ont servi pendant la guerre et à la cinquantaine d’autres qui ne sont jamais rentrés chez eux. Chaque nom est un avenir sacrifié pour que d’autres puissent en avoir un.

Ces personnes croyaient en la promesse du Canada, convaincues qu’une nation fondée sur la démocratie et l’égalité méritait d’être défendue. C’est cet esprit que le devoir de mémoire nous appelle à perpétuer.

La dette qu’il nous faut rembourser va bien au-delà de la reconnaissance. Nous avons le devoir de protéger les libertés que ces personnes ont défendues et de comprendre l’histoire qui les a forgées. Ce devoir incombe en partie aux universités, qui préservent l’héritage du Canada par leurs travaux de recherche, leurs archives et l’éducation qu’elles offrent aux générations qui n’ont jamais connu la guerre.

La bravoure canadienne n’a pas qu’un seul visage

Lorsqu’elle a dévoilé le timbre du jour du Souvenir de cette année, qui rend hommage aux soldats sikhs qui ont servi le pays pendant la Première Guerre mondiale, Poste Canada a rappelé à la nation que la bravoure canadienne n’a pas qu’un seul visage. Ces hommes ont combattu pour un pays qui ne les considérait pas encore comme des égaux. Au même moment, les femmes réinventaient l’histoire et s’affirmaient dans des rôles inédits : infirmières au front, ouvrières dans des usines de munitions, décodeuses de messages, et garantes de la subsistance des foyers et des fermes. Elles étaient le lien entre la maison et le champ de bataille. Les universités veillent à ce que leurs histoires ne soient pas oubliées. Par leurs activités d’enseignement, de conservation du patrimoine et de partenariats communautaires, elles nous aident à comprendre que le souvenir est en fait une histoire de sacrifices collectifs.

Les campus d’un océan à l’autre racontent cette histoire. À la Royal Roads University, un musée militaire préserve l’héritage des élèves-officières et des élèves-officiers qui y ont été formés avant qu’elle ne devienne un établissement public. Le Musée du Collège militaire royal de Kingston relate l’histoire des gens du Collège qui ont fait la guerre. La Dalhousie University forme des médecins pour les Forces armées canadiennes, alors que la patinoire commémorative de la St. Francis Xavier University honore la mémoire des étudiantes et étudiants qui ont accroché leurs patins pour aller combattre au front. C’est la preuve vivante que les universités se souviennent.

Le souvenir demeure vivant

Sur les campus aujourd’hui, des anciennes combattantes et anciens combattants étudient aux côtés d’étudiantes et étudiants de première année, bâtissant ainsi une nouvelle vie après leur service. Des équipes de recherche à l’Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans étudient le traumatisme et la guérison, alors que des historiennes et historiens préservent des lettres de soldats pour que leurs voix ne s’éteignent jamais. C’est dans ces lieux, tout autant que dans les monuments, que le souvenir demeure vivant.

Pourtant, il y a encore aujourd’hui des endroits où la liberté demeure fragile. Les Canadiennes et Canadiens continuent de répondre à l’appel, pour la défendre. Nous leur devons, tout au moins, d’honorer leur engagement en apprenant, en préservant et en transmettant la vérité sur les sacrifices de celles et ceux qui revêtent l’uniforme.

Les universités au service du bien commun

Les universités canadiennes ont pour mission de servir le bien commun, de préserver la mémoire des personnes qui ont instauré la paix dont nous jouissons, et de préparer la prochaine génération à l’honorer et à la protéger. En se rassemblant devant la Tour des soldats à la University of Toronto, ou en s’arrêtent devant une plaque à l’Université d’Ottawa, les étudiantes et étudiants se rappellent que le chemin vers le savoir et celui vers le service se sont toujours croisés.

Ce sont les étudiantes et étudiants d’aujourd’hui qui doivent porter le flambeau de la mémoire. Leur défi, c’est de défendre la liberté non seulement sur les champs de bataille, mais aussi dans les salles de classe, au sein des collectivités et même dans chacune de leurs conversations. C’est aussi de défendre la démocratie et autrui, et de faire preuve de la même détermination que les personnes qui ont tracé le chemin.

En ce jour du Souvenir, ne nous contentons pas de nous souvenir. Prenons soin des monuments sur les campus, soutenons les vétéranes et vétérans qui y étudient, et soutenons la recherche qui les aide à guérir.

Nous ne pourrons jamais rembourser la dette que nous devons à celles et ceux qui ont donné leur vie, mais en perpétuant leur mémoire dans nos universités, nos salles de classe et nos cœurs, nous pouvons honorer leur sacrifice.

La mémoire est la gardienne de la liberté.

N’oublions jamais.